Une puissance impressionnante
Né le 22 janvier 1948, cinquième des sept enfants d’un
ouvrier ferroviaire, George Foreman grandit dans un quartier difficile de Huston. Gamin timide et sauvage engagé sur la mauvaise pente, sa vie bascule le jour où il vit son idole, le célèbre footballeur professionnel Jim Brown, vanter les mérites du système d’éducation adressé aux jeunes prédélinquants : les
Jobs Corps. Motivé à suivre cette voie, il en retire une formation en électronique mais surtout l’apprentissage de la boxe.
Médaillé d’or chez les lourds aux JO de Mexico à l’âge 20 ans, George se fait remarquer par son attitude patriote, battant la mesure de l’hymne américain avec deux petits drapeaux, alors même que certains athlètes noirs expriment leur sympathie au mouvement
black power.

Cet athlète sculptural de 102 kilos pour 1m93 expédie
alors 34 de ses 37 premiers adversaires avant la limite, notamment les respectables Peralta, Chuvalo ou Kirkman. Pourtant malgré son parcours impressionnant d’efficacité, son style rudimentaire n’évoque que de loin le noble art et lui donne l’image d’un apprenti
boxeur. Sa foudre semble presque le desservir dans son évolution
technique.
En janvier 1973, le bouillant "Smokin" Joe Frazier, champion incontesté depuis la destitution d’Ali et son succès mythique sur ce dernier au Madison Square, juge comme une simple formalité une défense contre ce novice ; avant de retrouver Ali pour une revanche
fructueuse.
Le jour de ses 25 ans, à Kingston, capitale de la Jamaïque, pour ce choc entre champions olympiques invaincus, Foreman inflige une effroyable humiliation à Frazier ; envoyé 6 fois à
terre en deux rounds ! Nonobstant sa boxe monocorde, la puissance
surhumaine du nouveau roi impose le respect. Après avoir démoli José "King" Roman en quelques secondes, pour sa première défense, il est accepte le défi de son challenger officiel : Ken Norton.
Vainqueur moral d’Ali
Né le 9 août 1945 à Jacksonville dans l’Ilinois, Ken Norton possède tout autant un physique remarquable (98 kilos pour 1m90). Cet ancien Marine de l’US Army, à la condition physique sans faille, est surtout un beau pugiliste alliant résistance, puissance et qualités techniques bien supérieures à celles du nouveau champion.
Pour preuve, beaucoup pensent qu’il fut injustement déclaré battu aux points lors de sa dernière sortie en septembre 1973 pour un combat revanche face à Muhammad Ali pour le titre nord américain.
Six mois auparavant, le 31 mars 1973, lors de leur premier affrontement,
son triomphe n’avait lui pas été sujet à réserve. Dès le second round, il avait même fracturé la mâchoire de l’ex champion et l’avait littéralement punit lors des 2 derniers
rounds.
Pour sa première chance mondiale, Norton se présente bien comme le plus dangereux challenger actuel pour Foreman. Les enchères sont remportées par un promoteur, du nom de Don King, sorti quelques temps auparavant de prison. Son premier coup d’éclat...
"J’ai fini par trébucher"
L’affiche s’annonce excitante entre ces deux forces de la nature, cependant,
Norton monte sur le ring visiblement très tendu.

Lors de l’échange des regards, cette impression se renforce.
Il semble même presque noué. Pourtant, dès les premiers
instants, de puissants crochets sont balancés des deux cotés.
Norton d’une morphologie plus élancée, semble paralysé,
à peine touché d’un large gauche, il rompt le face à
face pour enclencher la marche arrière.
Foreman avance sur lui tel un métronome. Au début du 2
ème round, un uppercut droit puis un doublet en semi crochet - uppercut
d’une puissance inouïe secouent le challenger qui se retrouve assis
sur les cordes. Compté huit par l’arbitre, son extraordinaire santé
lui permet de se redresser, le regard sombre, il fixe son adversaire. Aucune crainte ne transpire de sonvisage, mais une question le taraude : Comment un boxeur peut il être si puissant ?

A peine le combat repris, Foreman lance une nouvelle bombe du gauche
et Norton se retrouve à nouveau en déséquilibre arrière.
Jimmy Rondeau s’interpose mais commet cette fois l’erreur de ne pas
le compter et Norton s’empale sur un double en uppercut gauche et droit…
Norton tombe dos au sol, il s’agrippe aux cordes pour tenter de se relever
mais, sévèrement éprouvé, sa lutte est inutile.
L’arbitre arrête sagement le combat alors que Foreman semble prêt à l’achever. Le regard glacial , sans aucune effusion de joie lors de l’arrêt, il est impitoyable.
Toujours invaincu, George Foreman est l’un des plus fantastique et étonnant frappeur de l’histoire ! Au bord du ring, Ali, répond excédé à une question provocatrice : "
Foreman frappe dur, mais il n’est pas un boxeur aussi doué et expérimenté que moi. Moi, je ne suis pas un puncheur, mais j’ai déjà battu des plus costauds que moi : Liston, Folley … Avec la vitesse et la technique : je l’aurai aux points. Si vous tenez 5 rounds en bougeant, en restant
hors de portée, en grande forme, vous l’éliminerez. Foreman ne peut gagner qu’en 2 rounds sinon, il est fichu ! Je le boxerai et l’éliminerai..." Ces déclarations font sourire par leur démesure, une presse éblouie par le nouveau roi.
Foreman, plus modeste, avoue : "
Ce combat ne me disait rien. Ce sont les autorités de la boxe qui me l’ont imposé. Je crois que s'il avait duré, ce serait devenu plus risqué.
Sans arrêt, je croyais le laisser pour le compte. Je ne voulais pas qu’il se relève et je ne l’ai pas lâché, car je savais que si le bonhomme se chauffait, c’était un tout autre combat qui m’attendait." Avec humour, Norton lui analyse autrement son combat : "J’avais
misé de mettre le paquet dès le coup de gong. Je voulais faire du « mano à mano » : le forcer à frapper pour bloquer et encaisser, puis contrer en série de crochets,
mais obligé de reculer, reculer et reculer sans cesse j’ai fini tout simplement par trébucher !"
Un sacre sur tapis vert
Norton attendra 1978 pour inscrire son nom sur la liste des champions
du monde de la catégorie reine.
Il sera le premier champion (WBC) sacré sur tapis vert
lorsque Léon Spinks refusera de l’affronter afin d’accorder
une revanche à Muhammad Ali.
Il avait combattu en novembre 1977 Jimmy Young sans savoir que ce succès
le doterait du titre qu’il avait tant rêvé de décrocher
contre Foreman ou Ali, lors d’un troisième volet en septembre 1976
au terme d’un nouvel échec aux points sur une décision totalement
discutable !
Son règne sera bref, car il sera battu par Larry Holmes, en
juin 1978. Néanmoins, ses trois combats intenses devant «le plus grand » lui permirent de rester dans le panthéon de la boxe. Homme charmant et exemple d’intégrité sportive, son fils (Ken Junior) lui succédera brillamment dans une carrière sportive de haut niveau en football américain.
Un come-back insensé

Foreman aurait pu régner longtemps, comme Joe Louis en son temps.
Mais il connaîtra le malheur de se trouver sur la route du divin
Muhammad Ali ! Le 30 octobre 1974 à Kinshasa, au Zaïre,
Ali déstabilisera le champion, épuisé après
7 rounds… et mis KO au 8ème round.
Accablé par cette défaite, Foreman retournera un moment
dans ses errances d’enfance. Et malgré des victoires avant la limite
sur Ron Lyle et Joe Frazier, il décidera d’abandonner la boxe pour
devenir pasteur, après sa seconde défaite devant Jimmy Young
en mars 1977.
Il créera une institution pour les jeunes délinquants
au Texas et contre toute attente, après 10 années de prédication,
il étonna le monde entier en annonçant son retour sur les
rings !
Peu de gens le prirent au sérieux, mais à 43 ans,
en avril 1991, vainqueur des 24 combats disputés depuis son retour,
il s'inclinera de justesse aux points devant Evander Holyfield.
Défait ensuite pour le titre WBO par le jeune espoir blanc Tommy
Morrison, il ne songera pas pour autant à déposer ses armes.
Le 5 novembre 1994, il entrera dans l’histoire sur un seul coup !
Lors du 11ème round il met KO Michaël Moorer pour devenir le
plus vieux champion du monde de tous les temps : à 46 ans et 10
mois ! Agenouillé dans son coin afin de remercier Dieu, il récupéra
son titre des lourds, laissé à Ali 20 ans auparavant
! Un titre qu’il défendra une seule fois devant l’allemand Axel
Schulz avant d’être destitué.
En novembre 1997, il livrera l'ultime combat d’une carrière
hors norme (76 victoires dont 68 par KO et seulement 5 défaites).