
René Jacquot est un boxeur français né le 28 Juillet 1961 à Toul en Lorraine. Passé professionnel en super welters en 1983, ses débuts ne laissent pas présager d’une carrière extraordinaire puisqu’il concède les trois premières années 9 défaites en 23 combats. Il devient pourtant champion de France le 10 avril 1987 en prenant sa revanche sur Yvon Ségor par arrêt de l’arbitre à la 7e reprise.
Cette victoire lance véritablement Jacquot qui après 4 autres succès décroche le titre européen le 29 janvier 1988 en battant chez lui l’italien Luigi Minchillo, ancien challenger mondial de Mike Mac Callum et Thomas Hearns. Il conserve ce titre la même année face à Eric Taton, Ervin Heiber et Romolo Casamonica avant de se voir offrir une chance mondiale en défiant le « Cobra » Donald Curry, champion WBC et ancien champion unifié des welters.
Ce combat, qui a notamment pu voir le jour grâce aux efforts de Jean-Claude Bouttier, se tient le 11 février 1989 au palais des sports de Grenoble. Les premiers rounds mettent en évidence toute la classe du puncheur américain qui touche à plusieurs reprises le français. Jacquot reste impassible et laisse passer l’orage grâce à un bon jeu défensif et quelques uppercuts en contre. A partir du 6e round, il durcit le combat et commence petit à petit à asphyxier Curry qui au fil des rounds s’éteint et ne délivre plus son venin qu’à de rares occasions. Les derniers rounds sont un véritable chemin de croix pour l'américain qui parvient péniblement à tenir la distance des 12 rounds et doit céder en toute logique sa ceinture WBC au boxeur lorrain, certes moins rapide et moins doué techniquement mais qui a su renverser la tendance grâce à un pressing incessant et une motivation sans faille.
René Jacquot ne pourra cependant pas savourer très longtemps cette victoir
e surprise (la plus surprenante de l’année 1989 selon Ring Magazine) car dès sa 1re défense face à John Mugabi, il se fait une entorse après quelques secondes de combat sur une banale esquive et doit abandonner. Il aura deux autres chances en 1990 de redevenir champion du monde mais s’inclinera aux points devant Terry Norris (après avoir été à terre au 1er, 2nd et 12e round) et Gianfranco Rosi.
En boxe, tout comme en musique, l’adage de Miles Davis selon lequel "il n’existe pas mille sorte de moments mais seulement deux : les grands et les autres" est une vérité. Chaque quinzaine, Sebastien Boniface revisite un des combats qui par son intensité dramatique a marqué les esprits au delà des générations, un des combats qui ont fait l'histoire de la boxe...
Le 11 février 1989, le palais des sports de Grenoble accueille l’affiche mondiale WBC des super-welters : Don Curry contre René Jacquot. L’une des plus belles aventures que le sport français ait connues…
L’artisan face au Cobra.
Né à Toul en 1961, René Jacquot, homme sincère et droit s’installe prés de Grenoble en 1984 suite à une proposition de Gérard Teysseron qui lui offre un contrat, avec un studio en HLM comme logis et un boulot de livreur à mi-temps. Ses débuts professionnels ne laissent pas présager d’un meilleur sort.
Entre 1983 et 1986, il concède 8 défaites et seulement 13 succès. Mais le gaulois moustachu au nez cassé devient en avril 1987 champion national devant Yvon Segor qui l’avait battu l’année précédente. En cette même année, il se voit accorder une chance européenne devant Luigi Minchillo, ancien challenger mondial de Mac Callum et Hearns. Sa victoire sur l’expérimenté transalpin passe pourtant inaperçu. Mais son fabuleux destin bascule sans doute là. Il conserve son bien à deux reprises devant Eric Taton puis Erwin Heiber avant la limite.
Si ces victoires sur des inconnus n’impressionnent personne, elles lui permettent d’acquérir un bar restaurant à Meylan, c'est la fin de ses années galère. Il acquiert même la reconnaissance (à Rome !) en dominant le jeune gitan invaincu Casamonica aux points.
Dans cette même ville, trois mois auparavant, l’autre champion italien de la catégorie, Gianfranco Rosi avait été laminé pour le titre mondial ; mis au sol à 6 reprises et contraint à l’abandon à l’appel du 10ème par l’étoile américaine Don Curry dont l’allure et le talent poussent sa comparaison au grand Léonard.
Champion dès ses 22 ans et chouchou des abonnés de Canal + lorsqu’en welters, il avait unifié le titre, Curry avait été élu deux ans plus tôt le meilleur boxeur du moment toutes catégories confondues. Un terrible puncheur aux impitoyables morsures (25 KO en 31 victoires) qui malgré ses deux défaites avant la limite des gants d’Honeyghan puis de Mac Callum en super-welter appartient toujours au gotha mondial. Un tel fossé le sépare du français que seul un « fou » peut rêver d’opposer ses deux univers.
Et Bouttier insista
Persuadé que les capacités du français sèmeront le doute dans l’esprit de la star, Jean-Claude Bouttier s’entretient avec le manager de Curry : Bob Arum avec qui il a des relations privilégiées. Il lui propose puis insiste pour que son poulain vienne défendre sa nouvelle ceinture en France devant le champion d’Europe.
Curry et Jacquot débarquent fin janvier à l’hôtel Méridien Montparnasse à Paris où une salle de boxe est aménagée dans le salon. Tous les entraînements sont publics. Le texan joue la star et impressionne de facilité la presse sur le carré réellement magique par sa grâce…
Mais l’approche mentale du rendez vous par le français est parfaite ! Il croit en sa chance dur comme fer !
Le prestige de Curry transforme l’affiche en événement et lors de la conférence de presse : Curry pique : "Pourquoi rêves tu de me rencontrer depuis deux ans ? Tu ne peux pas me vaincre." Mais la réponse de René scelle sa motivation : "Ce n’est pas possible que tu es autant envie de garder ton titre, que moi de te le prendre !".
Tenir les six premiers
A la montée sur le ring dans son peignoir blanc et or, Curry est magnifique. René avec humour a brodé sur le sein un perroquet agressif en réponse au légendaire Cobra de son adversaire. L’ambiance est électrique ! les "Allez René, Allez René" donnent des frissons.
Le visage baissé lors du face à face, Jacquot n’a pas besoin de défier Curry pour aborder le combat de sa vie.
Pas trop contracté, il n’est pas détendu pour autant. Dès le début de l’assaut, l’allure élégante et mobile du champion et sa rapidité d’exécution prouvent l’écart de classe entre les deux hommes. Mais la prudente garde et les déplacements latéraux du français lui permettent de réussir un premier round prometteur.
Lors des deux suivants, le texan gaucher naturel inversé, délivre quelques gauches stupéfiantes. Mais le lorrain encaisse sans brocher. Sa boxe à l’intérieur lui permet de répliquer par des uppercuts droits qui sanctionnent la tendance à baisser la tête de Curry en corps à corps. Alors qu’on aurait pu penser le contraire, Curry avance et travaille au corps afin de faire baisser la garde. René n’abdique pas et réplique courageusement aux coups tranchants du champion. "Ne le laisse pas s’installer devant toi. Continue ce travail de déplacement. Sois vigilent, un petit pas de retrait et tu reviens" lui rappelle Jacques Dufresney dans son coin.
La tactique est claire et fonctionne parfaitement car au 4ème, Jacquot est toujours là, et même s’il est touché de plein fouet, il résiste. Tout est exploité chez l’américain, très souple du buste, il esquive et contre. René est touché à nouveau durement en fin de round. A la mi combat, aucun doute, Curry mène de deux ou trois points.
Et Curry, asphyxié craque
Mais le challenger revient déterminé à durcir l’affrontement à partir du 6ème. Il délivre enfin quelques superbes directs qu’il n’avait pas osé employer par appréhension d’être piqué par le Cobra en réponse. Et soudain, une lourde droite du français touche. Jacquot se colle à son adversaire et utilise ses uppercuts droits enchaînés de courts crochets gauches. La salle gronde de plaisir. Au bord du ring, Bouttier a compris : "René durcit le combat ! il fait douter Curry mais il ne faut pas qu’il prenne trop de risques. Il a raison de se lancer maintenant dans la bagarre. Il saisit sa chance". En quelques minutes, l’espoir du français remplace la certitude de l’américain. Bientôt le cobra ne lâche plus autant de venin et s’éteint même dans les rounds suivants. En l’espace d’un round, le combat bascule : devant tant de vitalité et de volonté, le champion doute.
René réussit à dérégler la boxe du Cobra dans le 8 ème et 9ème. Il est l’antithèse de Curry par excellence, lui ne gamberge pas, et solide au mal, prêt à crever sur le ring, c’est l’heure de vérité entre les deux hommes.
Curry ne fait illusion que les 30 premières secondes des rounds, après la pression permanente du français l’oblige à subir .. Au 11ème il frôle le naufrage presque résigné dans les cordes, Jacquot danse autour de lui, le domine, enchaîne et l’humilie. Parfaitement préparé, le français est étourdissant dans les deux derniers rounds. Intraitable même ! Déchaîné, il est le premier en action et seul le punch peut sauver Curry dans le dernier round !
Jamais aussi près de son rêve, René tourne, et tourne encore… jusqu’au gong final !
Le jour de gloire
17 ans après son premier combat contre Monzon, Bouttier revit par procuration cette ivresse : "Tout était là , dans la tête ! Je l’ai vu descendre vers le ring et je savais qu’il allait gagner ! Il était prêt, ces choses là se lisent dans les yeux".
René Jacquot a su saisir la chance de sa vie avec grande lucidité, misant sur sa résistance. Il avait su se préparer mentalement à battre un adversaire meilleur boxeur mais qui avait tout gagné et n’était plus dans la peau d’un boxeur capable de puiser dans ses réserves.
Au verdict des trois juges unanimes en sa faveur, Jacquot s’écroule sur le ring les mains sur le visage. Ivre de bonheur, le petit artisan de la boxe est devenu star en une soirée. Son jour de gloire est enfin arrivé. Depuis Juillet 1959, la France attendait le successeur d'Alphonse Halimi. La fin d’une malédiction de 29 ans, 7 mois et 3 jours durant lesquels 29 malheureux compatriotes avaient consécutivement échoué aux portes du titre mondial.
La plus grande surprise de l’année de la boxe, selon The Ring magazine. Même si du temps d’Halimi, la boxe ne comptait uniquement 8 champions et que 30 ans plus tard, elle en dénombrait prés de 50, René Jacquot réalise un merveilleux exploit devant un vrai champion. Au lendemain, Arum qui compris la porté historique de l’événement affirmera même : "pour la boxe de votre pays, Jacquot est aussi important que Cerdan".
Amer lendemain
Ce combat sonnera le glas de la brillante carrière de Don Curry qui connaîtra ensuite deux sévères désillusions face à Nunn en poids moyens et face à la nouvelle star des super-welters : Terry Norris.
Pour Jacquot également, sa première défense cinq mois plus tard à Mirapolis, sera le pire des cauchemars qu’un boxeur puisse connaître. Après seulement quelques secondes, Jacquot esquivera un coup large délivré par John Mugabi mais emporté par son élan et le revêtement humide, il tombera sur sa propre cheville en porte à faux.
René perdra donc son titre mondial sans combattre réellement, sans prendre le moindre coup. Toujours aussi lucide, il tiendra la limite devant Norris malgré trois voyages au tapis durant l'affrontement. Puis, avant de se retirer sans disputer le combat de trop, il échouera en Sicile pour la ceinture IBF devant le roublard Rosi aux points lors de son dernier combat : le 30 novembre 1990.
1. yvon karel Le 04/06/2009 à 22:57
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